Publié le lundi 28 juillet 2008

L’OMC et nous

28 07 2008

Les négociations actuelles de l’OMC à Genève se déroulent avec difficulté. Ça n’empêche pas les producteurs agricoles canadiens d’être inquiets.  Les 153 pays membres de l’Organisation mondiale du commerce tentent de s’entendre sur un certain nombre de dispositions pour libéraliser les échanges commerciaux dans certains secteurs dont l’agriculture.

L’objectif ultime des négociations actuelles est de permettre aux pays émergents de se développer davantage en leur donnant accès aux marchés des pays riches en abolissant par exemple les tarifs douaniers qui les empêchent d’exporter certains de leurs produits agricoles à prix compétitifs. En échange, les pays développés demandent aux pays émergents de faire de même pour permettre l’exportation des produits industriels. En agriculture, on propose d’éliminer les subventions à l’exportation et le soutien interne à la production agricole. Pour nos agriculteurs, cela signifie la réduction des subsides et la fin de la gestion de l’offre qui sont l’assise de notre système de production auquel j’ai fait référence dans mon article du 22 juillet intitulé « Le pétrole et le lait dans le même bidon ». Les producteurs de lait, de volaille et d’œufs seraient les plus touchés. Rappelons que la gestion de l’offre consiste à contrôler la production et le prix d’un produit pour protéger les producteurs contre les fluctuations du marché. C’est ce système qui prévient l’importation de la volaille, du lait et des œufs qui pourraient être vendus à un prix moins élevé que celui que nous payons maintenant. L’ouverture des marchés serait une excellente chose pour les consommateurs, mais une catastrophe pour les agriculteurs qui seraient éjectés de leur cocon protecteur actuel avec comme principales conséquences la perte de leur production et de millions de dollars de revenu.  Il n’est donc pas surprenant que l’Union des producteurs agricoles ait exhorté le ministre Michael Fortier de s’opposer avec force à cet accord. Le problème c’est que le Canada est un poids plume sur l’échiquier mondial du commerce. Nous ne siégeons pas à la table sectorielle où se négocie la libération du marché agricole. Par contre, certains pays dont la France et l’Italie ont annoncé qu’ils ne ratifieraient pas l’entente telle qu’elle se présente. Ces négociations qui ont commencé à Doha au Qatar en 2001 sont difficiles. Les pays du tiers-monde ne forment pas un bloc monolithique, pas plus que les pays développés et ils sont 123 à participer. Malgré tout, je souhaite qu’on en arrive à un consensus, car c’est de l’équilibre de la planète dont il est question. Ici le mot consensus prend tout son sens, car la philosophie qui soutient l’OMC veut qu’aucune mesure ne puisse être mise en vigueur si elle ne fait pas l’objet d’une large adhésion. Cela fait de cette organisation l’une des plus démocratiques de la planète, puisque chaque pays a une voix, qu’il soit petit et pauvre ou grand et puissant, par opposition à l’ONU où les membres du conseil de sécurité peuvent imposer leurs décisions au reste du monde.

Si jamais on en vient à un accord sur l’agriculture, le système de production agricole canadien devra être revu de fond en comble. Contrairement à ce que prétend l’UPA, ce ne serait pas nécessairement une mauvaise chose. La situation actuelle n’a pas que des avantages. On n’a qu’à penser aux conséquences environnementales désastreuses de la production porcine destinée à l’exportation où la merde reste chez nous pendant que la viande est consommée ailleurs (comme pour le pétrole de l’Alberta où on pollue le Canada pour répondre aux besoins des Américains) et à la difficulté de trouver une relève dans la production laitière parce que les quotas coûtent les yeux de la tête. En plus, le système actuel défavorise les petits producteurs qui désirent mettre en marché des produits diversifiés et originaux dont nous sommes de plus en plus friands. Il y a un dicton qui dit que la nécessité est la mère de l’invention. C’est quand nous sommes acculés au mur que nous devenons les plus créatifs. Alors, c’est sûr qu’un accord à l’OMC amènerait de grands bouleversements, mais je n’ai aucun doute que les agriculteurs canadiens trouveraient des solutions et de nouvelles niches à exploiter. C’est à suivre jusqu’à mercredi, fin de la présente cession. Aux dernières nouvelles les négociations sont ardues.

L’OMC montre la voie qu’il faut emprunter pour sauver l’humanité des problèmes environnementaux qui la menacent. Tout le monde s’entend pour dire que nous ne règlerons jamais ces problèmes sans qu’il y ait un consensus international dans l’élaboration et l’application des solutions. C’est exactement ce que l’OMC fait  pour l’économie mondiale avec des plus et des moins pour les économies nationales. Il fait cesser de se regarder le nombril pour penser globalement. Peut-être que la mondialisation de la conscience écologique passe par la mondialisation des échanges commerciaux. D'ailleurs, je ne serais pas surpris que les prochains cycles de négociation de l’OMC comportent un volet sur le contenu écologique des produits. Cela mettrait une pression énorme sur les épaules des pays producteurs s’ils ne pouvaient plus exporter les produits qui entraînent de la pollution. Quoi qu’il en soit, si l’humanité ne parvient pas à s’entendre sur le commerce, on est loin d’une solution sur l’écologie.